Introduction
Ce livre fut pour moi une véritable
oeuvre d’amour. Il représente le condensé et l’aboutissement
de tout ce que j’ai appris durant trente ans d’enseignement
tout autour du monde sur la façon d’être pleinement
vivant quelles que soient les circonstances. C’est une invitation
à la maîtrise de soi; il ne s’agit pas tant d’accéder
à l’éveil que de vivre comme un individu authentiquement
autonome et libéré de l’emprise de la peur. La maîtrise
véritable, c’est la capacité à rester pleinement
présent, quoi que la vie nous apporte, parce que nous avons confiance
en qui nous sommes.
Joseph Campbell, le célèbre
spécialiste des mythes, remarquait que nous cherchions tous,
par des chemins multiples, à donner un sens et un but à
notre vie, mais qu’en réalité, ce que nous souhaitions
vraiment, c’était nous sentir pleinement vivant et totalement
libre. Cette aspiration vient du tréfonds de notre être,
et nous savons qu’elle est essentielle et authentique. L’accomplir
est l’un des principaux buts de l’humanité; c’est
le coeur véritable de la vie spirituelle. Y goûter, c’est
s’éveiller d’un long sommeil et ressentir une plénitude
telle que, pour la première fois, nous réalisons l’existence
d’un sentiment de vacuité qui a toujours été
là, en nous. Soudain, sans que la pensée intervienne,
nous connaissons les réponses à nos questions les plus
profondes, par exemple, pourquoi nous sommes ici.
Très tôt, dans ma carrière
d’enseignant de la conscience, j’ai appris qu’il était
relativement facile d’amener les gens à un état
que je nomme la «vivance radicale», quand l’esprit
est silencieux, le corps empli de présence et qu’une toute
nouvelle ferveur pour la vie se fait jour. Le secret, ainsi que je l’ai
réalisé, ne se trouve pas dans la recherche délibérée
d’un état particulier de conscience, mais plutôt
dans des activités qui obligent le corps et l’esprit à
se trouver au même endroit: le présent. Certains d’entre
nous font spontanément l’expérience de ces moments
d’éveil, en méditant ou en faisant l’amour.
D’autres y ont goûté dans l’exaltation d’une
création artistique ou l’euphorie d’une performance
athlétique. Mais, quand ces moments particuliers s’achèvent
et que nous revenons à notre vie quotidienne, peu d’entre
nous savent comment maintenir ce sentiment de centrage et de joie. J’ai
beaucoup écrit sur la façon d’atteindre ces états
de conscience dans mes livres précédents: Le Papillon
noir et Le Deuxième Miracle.
Avec Le Mandala de l’Être,
je propose une méthode simple pour répondre à la
gageure de conserver cet état d’éveil au quotidien,
sans avoir besoin de la présence d’un professeur, d’un
environnement sacré ou de l’intense énergie de groupe
qui se produit quand plusieurs personnes explorent ensemble la conscience.
J’ai constaté depuis longtemps qu’il m’était
toujours plus facile de demeurer présent et ouvert lorsque j’étais
en train d’enseigner que lorsque j’étais engagé
dans les tâches de la vie quotidienne à la maison. J’ai
donc cherché à comprendre ce que mon esprit faisait de
différent, aussi bien pour moi que pour ceux que je conseillais.
Je savais déjà qu’il n’était pas question
de maintenir cet état d’expansion atteint dans nos groupes
de travail, mais plutôt de retrouver l’équivalent
de cette qualité de relation à nous-même dans notre
vie quotidienne. J’ai réalisé que nous avions besoin
de compléter les différentes pratiques qui stimulent la
présence, comme la méditation ou le travail du mouvement
et du souffle, avec un mode spécifique d’auto-investigation
qui nous aiderait à comprendre comment notre esprit quitte le
présent. Notre corps est évidemment constamment dans le
présent. Je me mis à observer attentivement ce que faisait
exactement le mental quand il s’éloignait du présent,
et remarquai qu’il se rendait immanquablement dans quatre endroits.
Cette constatation fut un élément déterminant de
mon travail. Le mot «mandala» est issu de l’ancien
sanskrit et signifie «cercle ». Dans les traditions spirituelles
orientales, le mandala est une forme d’art sacré qui représente
la totalité du Soi. Les mandalas semblent être des symboles
universels, on les retrouve à de nombreuses époques et
dans diverses cultures. Dans leurs formes les plus rudimentaires, les
mandalas se présentent comme des cercles avec quatre directions
primaires orientées autour d’un foyer central fort. Le
cercle symbolise la totalité intrinsèque du Soi. Il englobe,
naturellement, les tensions fondamentales des forces opposées,
comme l’ordre et le chaos, le masculin et le féminin.
Un jour, alors que je m’adressais
à un groupe en tentant de lui faire partager mon intuition sur
les destinations de l’esprit quand il quitte présent, je
me suis retrouvé à marcher en rond, délimitant
un large cercle sur le sol. Puis j’en traçai un plus petit
au centre du premier. Ensuite, j’inscrivis le mot «Présent»
sur un bout de papier et le plaçai sur ce petit cercle central.
Sur le périmètre du grand cercle, je disposai le mot «Futur»
en haut et le mot «Passé» en bas. Puis, je mis le
mot «Sujet» à gauche et le mot «Objet»
à droite. «Sujet/Objet» est le terme psychologique
qui exprime la nature duelle inhérente de notre conscience ordinaire
dans laquelle, aussitôt que nous prenons conscience de nous-même
en tant que sujet Moi, nous prenons simultanément conscience
de l’objet Toi. Moi n’est pas notre être véritable,
c’est juste l’ensemble de nos pensées sur nous-même.
De même, Toi est l’ensemble de nos pensées sur autrui.
Avec ce simple mandala, je pouvais représenter les quatre directions
que prend l’esprit lorsqu’il s’évade du présent,
le plus souvent à cause d’un sentiment désagréable
ou menaçant. J’ai spontanément appelé ce
modèle le «Mandala de l’Être». Il s’avère
être, pour moi comme pour ceux qui l’ont expérimenté,
un outil remarquablement efficace pour déconstruire et comprendre
les mécanismes des schémas répétitifs de
nos souffrances et conflits émotionnels. En utilisant le modèle
du Mandala, nous avons la possibilité de voir que nos réactions
et systèmes de défense récurrents proviennent du
fait que nous n’avons pas coutume de vivre dans le présent.
En outre, la direction qu’emprunte de préférence
notre esprit quand il fuit le présent détermine la nature
spécifique de notre souffrance. En sachant qu’il n’existe
en vérité que quatre endroits où aller quand nous
quittons le présent, il nous est toujours possible de retrouver
le chemin de notre «chez soi». Le présent devient
ainsi notre «point de départ» et non plus notre but.
La faculté de ramener notre esprit
au présent nous permet de communiquer à partir de notre
nature originelle, authentique et spontanée. Le moment présent
devient la base de notre être, parce que c’est là
que nous trouvons la sève de notre vie et la vérité
de qui nous sommes et pourquoi nous sommes là. En travaillant
avec ce modèle, nous commençons à comprendre la
relation entre la pensée et l’émotion. Nous apprenons
à identifier les différentes pensées, croyances
et histoires que nous nous racontons quand notre esprit emprunte tour
à tour chacune des quatre directions, et aussi comment chaque
histoire se répercute dans notre corps sous forme de tensions
et autres sensations physiques. Quand l’esprit est dans le futur,
le corps manifeste inquiétude ou espoir; dans le passé,
culpabilité, nostalgie ou regrets. Une caractéristique
essentielle du Mandala de l’Être est de nous amener à
une nouvelle relation à notre corps, pour que nous ayons accès
à une véritable compréhension. En mettant en lumière
la façon dont «nous nous quittons» dans la vie quotidienne,
ce travail ouvre le chemin de conscience qui nous ramène systématiquement
au présent. En percevant la variation dans nos sensations quand
nous revenons dans «l’ici et maintenant», notre corps
commence à identifier la Présence. À mesure que
nous comprenons que notre propre conscience peut nous aider à
vivre dans le présent, notre réalité émotionnelle
se transforme. Ce ne sont plus les émotions dites négatives
qui la dominent et nous voyons renaître un sentiment de joie et
de liberté qui est notre nature véritable.
En apprenant à vivre plus régulièrement
dans le présent, nous élevons l’énergie de
notre conscience. Dans le sens où je l’emploie ici, cette
«énergie» est, d’une part, notre capacité
à être présent et, d’autre part, ce qui émane
de nous lorsque nous le sommes effectivement. Cela demande une énergie
considérable de développer le «muscle spirituel»
nécessaire pour accueillir, sans nous laisser submerger, les
sentiments qui ont si longtemps barricadé notre coeur et assombri
notre lumière. Cette énergie ramène notre conscience
au présent et nous permet de voir ce qui est, et pas seulement
ce que nos peurs et nos désirs familiers nous prédisposent
à voir.
Quand notre conscience est ancrée dans le présent, nous
avons accès à notre potentiel émotionnel supérieur:
empathie, compassion et pardon. Nous faisons alors l’expérience
d’un sentiment d’unité plus grand et d’un vaste
champ de conscience qui transcende notre réalité personnelle
limitée. Nous nous approchons de la Source pour boire à
une fontaine de vie et d’intelligence où nous percevons
la plénitude infuse en chaque instant, et ressentons un sentiment
de gratitude, d’émerveillement et de confiance implicite
dans la bonté de la vie.
Plus notre esprit s’éloigne
du présent, plus nous nous mettons à fonctionner sur un
mode émotionnel limité. Un faible niveau d’énergie
représente un rétrécissement de la conscience,
et nous nous sentons diminué et isolé. Nous devenons dogmatique,
inflexible et craintif. Alors, nous nous transformons en victime de
la peur, de la colère, de la méfiance, du besoin et autres
émotions potentiellement destructrices. Moins disponibles, les
prodigieuses profondeurs de notre conscience élargie peuvent
même devenir menaçantes. Notre aptitude innée à
la joie de vivre disparaît. Au lieu de nous sentir relié
à nous-même et d’accueillir la vie avec la totalité
de notre être, nous vivons de plus en plus dans un soi factice
et rigide, composé pour nous protéger de ce que nous ne
voulons pas ressentir. Dans cet état d’esprit, à
la fois protecteur et limité, nous devenons un spectateur, le
plus souvent critique, et croyons que nous sommes – et que le
monde est – ce que nous en pensons. Lorsque nous agissons sur
ce mode d’évitement, penser sur nous, les autres et le
reste du monde devient notre passe-temps favori, parce que nous ne savons
pas ressentir notre profondeur dans l’«instant- Présent»,
ni goûter la vie directement. À terme, notre esprit finit
par adopter une conduite addictive, vivant de plus en plus dissocié
de l’immédiateté de notre être. C’est
la raison fondamentale pour laquelle nous sommes si insatisfait de nous-même
et manquons d’empathie envers les autres.
Le premier enseignant de l’esprit
non éveillé est la peur. Enfant, nous vivons en permanence
dans le présent, transparent à l’amour, mais aussi
vulnérable à tous les traumatismes. Pour survivre émotionnellement,
nous apprenons à projeter notre esprit loin de toute sensation
bouleversante, comme la solitude ou la honte. Nous soustrayons notre
conscience au présent, là où les émotions
sont potentiellement les plus vivantes et les plus intenses. Progressivement,
nous nous conditionnons à éviter le présent, et
de ce fait, notre intimité avec nous-même et avec la vie
s’amenuise. Dans mon parcours d’enseignant, j’ai pu
observer que ce qui bloquait immanquablement notre processus de maturité
spirituelle et compromettait notre aptitude à l’amour était
de croire que nous devions nous protéger des sentiments pénibles,
comme l’abandon ou le désespoir. L’unique raison
pour laquelle nous ne pouvons y faire face est que nous n’avons
pas développé l’énergie pour rester présent
lorsque ces sentiments surviennent. Tant que nous ne cesserons de les
fuir de peur qu’ils nous anéantissent, nous ne pourrons
pleinement croître dans l’amour et la plénitude.
Tôt ou tard, nous devrons accepter les parts d’ombre de
la vie. Nous devons faire confiance à la profonde faculté
de l’âme à faire face et à entrer en relation
avec tout ce que nous ressentons, sans plus avoir besoin de nous défendre
ni même de réagir.
Il existe une différence énorme
entre la façon dont le soi vit une expérience –
comment il l’interprète et réagit à ce qu’il
ressent – et comment l’âme vit cette même expérience.
La relation du soi à chaque aspect de la vie est toujours préméditée:
il cherche à accroître son plaisir, son pouvoir ou une
sensation de sécurité, et se défend automatiquement
contre tout ressenti ou toute situation qui le menacent. L’âme,
au contraire, ne perçoit pas le ressenti comme une extension
d’elle-même ou comme une menace. Elle l’apprécie
pour ce qu’il est. Dans ce rapport non réactif, non prémédité,
nous apprenons à laisser de la place à nos ressentis,
au lieu de nous refermer ou de fuir. Cette façon qu’a notre
âme d’aborder chaque instant transforme notre sens de nous-même.
Peu d’entre nous connaissent la puissance de cette relation intérieure,
et à quel point elle peut transformer notre façon de nous
vivre et de vivre toute chose. Au contraire, nous nous servons machinalement
de notre esprit pour éviter les sentiments pénibles ou
les situations éprouvantes, sans nous rendre compte qu’en
procédant ainsi, nous ne sommes jamais dans le présent.
Résultat, consciemment ou inconsciemment, nous avons souvent
l’impression que notre vie est bâtie sur des sables mouvants.
C’est comme si nous étions en danger d’être
englouti par quelque sensation, pensée ou péripétie
qui menacerait les fragiles fondations du moi où nous nous tenons
en équilibre. Mais quand nous prenons conscience du pouvoir subtil
de la conscience et développons notre aptitude à rester
présent, nous commençons à nous rendre compte que
c’est la qualité de notre relation à nous-même
à chaque instant qui détermine la réalité
de notre expérience et aussi dans quelle mesure nous pouvons
approfondir cette expérience. Nous n’avons nul besoin de
nous définir par nos pensées défensives ou par
nos réactions à ce qui nous arrive de l’extérieur.
À mesure que notre aptitude à demeurer présent
se développe, nous nous découvrons enfin libéré
de la peur et des autres émotions qui nous gouvernaient. Nous
prenons conscience de notre plénitude essentielle et nous acquérons
la capacité d’apprécier des relations qui nous incitent
à l’amour, au respect, au pardon et à l’empathie.
Nous revendiquons le pouvoir d’exercer notre conscience afin de
libérer notre esprit et notre coeur.
Ce livre est un manuel pour retrouver la sagesse de votre vrai moi.
Il est une initiation à l’intimité consciente avec
vous-même, avec la totalité de qui vous êtes –
y compris dans vos aspects les plus sombres. Il est impossible de ressentir
la plénitude en essayant d’éliminer une partie de
notre expérience. Quand nous commençons à accepter
cette vérité inéluctable, nous recouvrons la vitalité
à laquelle nous aspirions.
Au fond de notre coeur, nous savons tous que l’esprit humain est
beaucoup plus que ce «moi» qui se sent menacé ou
insatisfait en permanence, qui recherche inlassablement le bonheur tout
en sentant que quelque part quelque chose ne va pas. Intuitivement,
nous savons que nous avons la capacité de nous reconnecter à
la source de notre être. L’âme, pour moi, est notre
aptitude à la conscience de soi. C’est la faculté
de se demander: «qui suis-je?» de façon telle que
le mental pensant se tait et que nous nous ouvrons à l’immédiateté.
L’âme imprègne tout ce que nous sommes, et conjointement
peut nous amener au-delà de nous-même, voire à l’unité
avec la source de notre être. Pour l’âme, chaque instant
est un nouveau point de départ susceptible d’être
la prochaine étape vers une conscience plus vaste.
Qui nous sommes réellement commence toujours Maintenant. Aucun
d’entre nous n’accédera à son vrai soi à
un moment fortuit dans le futur. Notre identité véritable
ne prend jamais sa source dans un passé glorieux ou traumatique.
Elle naît de l’attention que nous nous portons, à
nous-même et à la vie, à chaque instant. Le présent
n’est pas un état ultime devant être réalisé,
mais plutôt un continuum à vivre. Nous avons le choix:
rester à la surface ou oser plonger dans les profondeurs.
À notre époque, l’humanité
oscille entre peur et amour, se focalisant sur la survie et commençant
malgré tout à entrer en contact avec le potentiel infini
de l’être. Par instant, nous reconnaissons la justesse indéniable
de toute chose; nous rentrons «chez nous» et comprenons
que nous sommes déjà ce que nous cherchions.
Pourtant, la plus infime menace nous fait revenir au doute et au contrôle,
perdant à nouveau confiance en nous. Dans le même temps,
nous projetons inconsciemment à l’extérieur cette
perte de confiance intérieure et percevons le monde comme menaçant.
Dès lors, nous sommes à nouveau sous l’emprise de
la peur.
Fermement ancré sur le terrain de l’amour, nous découvrons
que la vie n’est pas une question de survie, mais d’épanouissement.
Il s’agit d’accueillir avec attention chaque instant, conscient
de notre rôle dans un grand tout. Dans l’écologie
de l’amour, toute chose a sa place légitime et sa raison
d’être, y compris nos sentiments les plus éprouvants.
La sagesse de l’amour nous fait acquérir une énergie
qui embrasse ce que nous évitions auparavant. Ce qui est requis
à présent, ce que l’évolution elle-même
requiert, c’est que nous expérimentions le pouvoir de transcendance
de l’âme. Nous n’avons pas à changer le monde.
Nous avons juste besoin de récupérer la plénitude
de notre être, toujours présente et prête à
s’éveiller en nous. Ainsi, nous sommes à même
de transmettre une foi profonde dans la vie; alors le monde commence
à changer.
Vous pourrez tester personnellement ce que vous trouverez dans ces pages,
et en faire émerger votre propre sagesse. En vivant avec une
intelligence vraie, nous bâtissons notre monde à chaque
instant à partir du sens de notre propre plénitude. Rien
n’est plus important, maintenant et à jamais. La complétude
est ce à quoi aspire notre coeur et là où nous
conduit notre âme. Joignez-vous à moi à présent,
et plongeons ensemble vers nos profondeurs.